C’est dans l’enceinte prestigieuse de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca, temple du savoir et de la rigueur scientifique, que s’est tenu hier, mercredi 17 décembre 2025, un événement d’une portée symbolique et intellectuelle majeure. À la veille de la Journée Mondiale de la Langue Arabe, United Tamaghrabit a eu l’honneur de participer et de couvrir la ndwa (séminaire) organisée par le bureau casablancais de l’Association Marocaine pour la Communication Sanitaire, en partenariat dynamique avec le Club de Communication Sanitaire de la FMPC.

Sous le thème évocateur “Notre identité marocaine : un passé glorieux, un présent prometteur et un avenir brillant”, cette journée n’était pas simplement une conférence médicale. C’était une affirmation. Une affirmation que la science et l’identité ne sont pas antinomiques, mais qu’elles se nourrissent l’une de l’autre. Retour sur un après-midi où l’histoire, la linguistique et l’intelligence artificielle se sont rencontrées sous la bannière de notre “Tamaghrabit”.









14h00 : L’Ouverture – La Santé au Cœur de l’Identité

L’amphithéâtre s’est rempli d’une foule hétéroclite : éminents professeurs en blouses blanches, étudiants en médecine aux yeux brillants d’ambition, acteurs de la société civile et passionnés de la langue arabe. L’atmosphère était électrique, chargée de cette fierté bienveillante que nous connaissons bien au Maroc.
La séance inaugurale a donné le ton. Les mots d’ouverture n’étaient pas de simples formalités protocolaires. Les représentants de l’Association Marocaine pour la Communication Sanitaire et du Club des étudiants ont insisté sur une vérité fondamentale trop souvent ignorée : la langue est le premier instrument du médecin.

Pour le peuple marocain, se faire soigner, c’est aussi se faire comprendre. Les intervenants ont souligné avec émotion que l’utilisation de la langue arabe (et de sa dimension vernaculaire) dans le domaine de la santé n’est pas un repli sur soi, mais une nécessité de santé publique. Comment établir un diagnostic précis si le patient ne peut exprimer sa douleur avec ses propres mots ? Comment garantir l’observance d’un traitement si l’explication est donnée dans une langue étrangère mal maîtrisée par le malade ?
L’intervention de Monsieur le Doyen, le Professeur Abdelrahim Hebzi, a été particulièrement marquante, rappelant que la faculté est un lieu de citoyenneté autant que de science. Enfin, le mot de notre collectif, United Tamaghrabit, a rappelé que notre identité plurielle est le socle sur lequel nous devons bâtir la modernité marocaine.






14h30 : Plongée dans les Racines – De Tafoughalt à l’Indépendance
La première session scientifique a ouvert une fenêtre fascinante sur notre passé, brisant le mythe selon lequel la médecine moderne au Maroc ne daterait que du protectorat.


Le Professeur Mohamed Abdo Rafai a captivé l’audience avec une intervention magistrale sur l’Histoire de la Médecine au Maroc. Il a emmené l’assistance dans un voyage temporel vertigineux, débutant non pas il y a quelques siècles, mais à l’aube de l’humanité dans la région de Tafoughalt. En évoquant les découvertes archéologiques (notamment dans la Grotte des Pigeons), il a rappelé que le Maroc est le berceau des plus anciennes traces de chirurgie crânienne (trépanation) au monde, témoignant d’un savoir-faire médical ancestral sur nos terres.

Le Professeur Rafai a tissé la toile de cette histoire riche :
- L’époque des dynasties impériales où les bimaristans (hôpitaux) de Fès et Marrakech étaient des modèles pour le monde connu.
- La transmission du savoir de nos ancêtres, qui alliaient observation clinique et pharmacopée naturelle.
- La période coloniale, avec ses apports structurels mais aussi ses tentatives d’effacement du savoir local.
- Enfin, l’Indépendance et la reconstruction d’un système de santé national souverain.
Cette rétrospective a permis à chacun de comprendre que le génie médical marocain n’est pas une importation, mais un héritage continu.



Dans la foulée, le Professeur Ahmed Aziz Bousfiha a pris la parole pour aborder un sujet de fierté académique : les thèses médicales en arabe. Son intervention a mis en lumière un combat intellectuel souvent méconnu. Il a dressé l’historique des thèses de médecine soutenues en langue arabe au Maroc. Il a démontré, preuves à l’appui, que la langue arabe possède toute la plasticité et la précision nécessaires pour véhiculer la science moderne. Ces travaux, présentés par des professeurs et des docteurs courageux, ne sont pas de simples traductions ; ce sont des productions de savoir qui prouvent que l’arabisation de la médecine est non seulement possible, mais souhaitable pour une meilleure appropriation du savoir par nos praticiens.




16h00 : La Précision des Mots et le Défi de l’IA
Après une pause riche en discussions animées dans les couloirs de la faculté, la deuxième session a abordé des thématiques résolument tournées vers l’analyse et le futur.

Le Professeur Mohamed El Bayaz a présenté une conférence d’une grande finesse intellectuelle intitulée : “Le Dictionnaire Médical Conceptuel : Créativité Arabe”. Pour les étudiants présents, ce fut une révélation. Le Professeur a déconstruit l’idée reçue selon laquelle le vocabulaire médical serait exclusivement gréco-latin par nature. Il a montré l’importance cruciale de la terminologie arabe dans le domaine de la santé, rappelant que de nombreux termes utilisés aujourd’hui en Occident trouvent leurs racines étymologiques dans les ouvrages d’Avicenne (Ibn Sina), d’Averroès (Ibn Rushd) et d’autres savants de notre âge d’or.

Mais au-delà de l’histoire, le Pr. El Bayaz a insisté sur la clarté conceptuelle. Il a donné des exemples concrets de termes médicaux où la langue arabe offre une description plus imagée et parfois plus précise de la pathologie ou de l’anatomie que ses équivalents européens. Ce “Dictionnaire Conceptuel” n’est pas juste un livre, c’est un outil pour structurer la pensée médicale marocaine.
Le virage vers le futur a ensuite été amorcé par l’étudiante Hanane El Idrissi, avec une présentation percutante sur les applications de l’Intelligence Artificielle (IA) en médecine. Loin des discours alarmistes ou naïvement technophiles, son intervention était d’un équilibre remarquable. Elle a d’abord exposé l’impact positif immense de l’IA : aide au diagnostic précoce, analyse d’imagerie médicale, personnalisation des traitements. L’avenir de la santé au Maroc passera inévitablement par ces technologies.





Cependant, Hanane a soulevé un point éthique crucial qui a résonné fort dans la salle : le danger de l’auto-diagnostic via l’IA. Elle a mis en garde contre la tendance croissante des patients à consulter des chatbots pour leurs symptômes et à suivre des recommandations sans avis médical. La conclusion de son propos était claire : l’IA est un excellent serviteur, mais un terrible maître. Elle ne remplacera jamais l’intuition, l’empathie et le jugement clinique du médecin humain. Le docteur reste la pierre angulaire de la santé.





17h00 : L’Effervescence de la Compétition “Tarjuman”

L’un des moments les plus vivants de la journée fut sans doute la compétition “Tarjuman”, organisée par le dynamique Club de Communication Sanitaire. Voir ces futurs médecins s’affronter amicalement pour trouver les termes arabes les plus justes, traduire des concepts complexes et jongler entre les langues fut un spectacle réjouissant. Cela a prouvé que la relève est assurée et que la nouvelle génération de médecins marocains est prête à relever le défi du bilinguisme (voire du trilinguisme) pour mieux servir ses concitoyens. Cette activité ludique a permis de cimenter les apprentissages de la journée dans une ambiance de camaraderie estudiantine.






18h00 : Clôture et Perspectives
Alors que le soleil se couchait sur Casablanca, la journée s’est achevée par la lecture des recommandations. Les organisateurs ont appelé à :
- Encourager davantage la rédaction de travaux de recherche en langue arabe.
- Intégrer l’histoire de la médecine marocaine dans le cursus des étudiants pour renforcer leur sentiment d’appartenance.
- Promouvoir une utilisation éthique et encadrée de l’IA.

La cérémonie de remise des prix pour les vainqueurs de la compétition “Tarjuman” a été suivie d’un hymne à la convivialité marocaine : le cocktail dinatoire.
Autour d’un thé à la menthe et de pâtisseries, les discussions ont continué, brisant les barrières entre professeurs et étudiants. C’est cela aussi, l’esprit United Tamaghrabit : le partage, l’hospitalité et l’échange horizontal.




Le Mot de la Fin : Pourquoi c’était important ?
Cet événement du 17 décembre 2025 restera gravé dans les mémoires des participants. Il a réussi le pari difficile de concilier la tradition et la modernité.
Nous avons vu que notre identité marocaine n’est pas un folklore figé. Elle est vivante. Elle se trouve dans les grottes de Tafoughalt, dans les manuscrits de nos ancêtres, mais aussi dans les algorithmes de demain et dans les amphithéâtres de nos facultés.
La langue arabe, célébrée en cette occasion, n’est pas seulement un outil de communication ; c’est un vecteur de souveraineté scientifique. Comme l’ont démontré les intervenants, soigner un Marocain, c’est lui parler, comprendre sa culture et respecter son histoire.
Pour nous, à United Tamaghrabit, voir une telle mobilisation de la jeunesse médicale pour sa langue et son patrimoine est le signe que notre “Hadir” (présent) est effectivement prometteur et que notre “Mustaqbal” (futur) sera, sans aucun doute, éclatant.
Un grand bravo au bureau de Casablanca de l’Association Marocaine pour la Communication Sanitaire et au Club de Communication Sanitaire de la FMPC pour cette organisation sans faille.






